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Infosports75

COVID-19 : Comment les athlètes français de haut niveau ont-ils vécu le confinement?

10 Juillet 2020 , Rédigé par Isabelle Gratien Publié dans #SPORTS OLYMPIQUES ET PARALYMPIQUES

Thomas Jordier, vice-champion d'Europe 2019 par équipes du 4X400m -crédit photo@SP15.FR

Thomas Jordier, vice-champion d'Europe 2019 par équipes du 4X400m -crédit photo@SP15.FR

Avec le confinement, les athlètes de haut niveau ont dû s’adapter à la crise sanitaire, notamment en vue de la préparation aux Jeux olympiques de Tokyo reportés en 2021. Un coup dur pour certains, sur le plan physique, psychologique ou financier. Mais, pour d’autres, ce fut l’occasion de tirer profit de ce moment particulier en se préparant aux compétitions à venir.  


« Ça a tout chamboulé. Je me couchais assez tard, vers 3 ou 4 heures du matin, et je me réveillais sur les coups de 14 heures. Le sommeil ne venait pas. On jouait aux jeux vidéos. J’ai pris 4 kilos. Je mangeais beaucoup de féculents et, comme je ne pouvais pas les éliminer en courant, je stockais des graisses. Même avec une autorisation de sortie, j’ai préféré suivre strictement le confinement », confie Thomas Jordier, le vice-champion d’Europe 2019 par équipe du 4 x 400 mètres. Cet athlète de haut niveau qui s’entraînait cinq heures par jour avant le confinement est descendu à une heure et demie par jour, ce qui explique cette prise de poids.  


UN ENTRAÎNEMENT ADAPTÉ AU CONFINEMENT  
Les entraîneurs ont dû s’adapter durant ce temps de pause obligatoire, sans compétitions. « Notre structure à Fontainebleau est très bien organisée, et on a reçu de la direction  120 kilos de matériel », explique Thomas Jordier. Mohamed El Yazidi est entraîneur de taekwondo au club 3MTKD (Montpellier Méditerranée Métropole Taekwondo). Il entraîne les meilleurs de sa discipline : Mehdi Jermani, finaliste des championnats du monde 2019 pour  le 74 kilos hommes, Waldeck Defaix, champion de France senior en 2017 et Fatima Souidi, championne de France des moins de 62 kilos. Le coach s’est adapté tant bien que mal  à la situation en organisant des visioconférences pour maintenir le lien avec  ses athlètes : « C’était une épreuve assez compliquée, avec des entraînements deux fois par jour. Le lien est resté intact avec les athlètes même à domicile. On était tout le temps connectés. »  

 

à droite de la photo , Mehdi Jermani , finaliste des championnats du monde de taekwondo  pour le 74 kilos hommes

à droite de la photo , Mehdi Jermani , finaliste des championnats du monde de taekwondo pour le 74 kilos hommes

Pour Pierre-Yves Roquefere, spécialiste de la performance sportive et auteur du livre Coach 3.0, le spécialiste performance (éditions Amphora), les préparations physique, mentale et technico-tactique sont étroitement liées : « Je me définis comme un spécialiste de la performance en général, car il y a une interaction entre tous les facteurs. Les sportifs de haut niveau ont besoin d’un cadre avant tout. Ils ont besoin de comprendre le sens de ce qu’on leur demande. Si l’on prend l’exemple de Mehdi Jermami, je lui fais faire du saut à la corde pour maintenir son cardio, de la musculation et des exercices physiques via l’application Ekyno. Mehdi savait qu’il devait rendre compte de son poids tous les deux jours. » Grâce à Mohamed el Yazidi et Pierre-Yves Roquefere, Mehdi Jermami a maintenu son poids de forme et a gardé un mental d’acier. 

LE RISQUE DU SYNDROME DE STRESS POST-TRAUMATIQUE :  « UN FAIT DE GUERRE » 
Pour d’autres sportifs, la situation s’est révélée plus compliquée. Avec le confinement et l’arrêt des compétitions, des risques de syndrome de stress post-traumatique (SSPT) sont apparus.

Thierry Braillard, ancien secrétaire d’État chargé des Sports sous la présidence de François Hollande et président de la Fondation du sport français, tire la sonnette d’alarme, notamment sur la santé mentale des sportifs : « Plusieurs psychologues du sport n’hésitent pas à dire que certains sportifs de haut niveau vont terminer le confinement avec un SSPT qui s’apparente à un burn-out, une maladie référencée par l’OMS( Organisation mondiale de la santé). Cela aura un impact sur la qualité des équipes et sur les championnats. »

Cette hypothèse est confirmée par la psychologue du sport Armelle Favre, qui reçoit régulièrement des athlètes de haut niveau dans son cabinet à Saint-Max dans le département de Meurthe-et-Moselle. Durant le confinement, les consultations se sont poursuivies en visioconférence. La spécialiste n’hésite pas à comparer ce temps d’arrêt à celui, traumatisant, d’un épisode de guerre. Elle suit actuellement une athlète en stade 2 émotionnel du SSPT. Selon elle, il y a trois stades dans le stress : le premier, qui est le syndrome d’adaptation où l’on fait face au choc ; le deuxième, où l’on est en recherche de solutions ; et le troisième, qui est une dégradation de la pathologie du stress. Armelle Favre précise : « C’est comme un fait de guerre. Il y a un ennemi inconnu, et on est obligé de subir comme on peut les attaques. En ce moment, je m’occupe d’une athlète qui se blesse sans arrêt mais qui a envie d’aller courir. Elle dit qu’elle ne sait pas ce qu’elle va devenir car il n’y a plus de compétitions. Ce serait l’occasion, au contraire, pour que son corps se répare, se consolide. Elle est en colère d’être privée de pratique sportive. C’est une addiction qu’il faut savoir gérer. Pour sortir du stade 2, il faut se faire aider. »

 

Stéphane Houdet, champion paralympique de tennis-fauteuil aux Jeux olympiques de Pékin 2008 et Rio 2016

Stéphane Houdet, champion paralympique de tennis-fauteuil aux Jeux olympiques de Pékin 2008 et Rio 2016

UNE OCCASION DE REBONDIR : SAVOIR RELATIVISER

 D’autres sportifs de haut niveau ont bien vécu le confinement. Ce fut pour eux l’occasion de se remettre d’une blessure et de récupérer pour repartir du bon pied. C’est le cas de Stéphane Houdet, médaillé d’or aux Jeux paralympiques de tennis en fauteuil de 2008 à Pékin et de 2016 à Rio et vainqueur de 23 tournois du grand chelem en simple et en double. Il a passé son confinement avec sa femme, à la campagne, dans le Berry. L’athlète s’est reposé et s’est préparé pour le grand chelem de Roland-Garros prévu initialement au mois de mai et déplacé fin septembre : « Le confinement a commencé avec l’annulation d’un tournoi alors que j’étais aux États-Unis. J’avais mal au dos, j’étais blessé et je n’étais pas sûr de pouvoir jouer. Aujourd’hui, je suis au repos. C’est comme si tout le monde était blessé, comme moi, confiné dans une chambre d’hôpital pendant des mois. Comme une forme de partage de cette situation difficile à l’échelle de la planète. »  François Barrer, champion de France d’athlétisme du 5 000 mètres en 2017 qualifié pour les Jeux olympiques de Tokyo de 2021, s’adapte bien quant à lui à la situation : « Je le vis très bien, je relativise en me disant que certains sont en train de mourir, que le personnel hospitalier travaille énormément pour nous sauver et que rester chez moi n’est vraiment pas compliqué. » 


UNE SITUATION FINANCIÈRE CRITIQUE POUR LES SPORTIFS :  DES SPONSORS EN CRISE  
Certains athlètes français de haut niveau dont les sports sont moins médiatisés, tels que la boxe ou le taekwondo, vivent dans la précarité. Ils sont obligés de faire des petits boulots pour subvenir à leurs besoins. Le confinement a aggravé leur situation financière.

Mimoun Jazouli, champion de France en titre de boxe des poids lourds-légers, s’est entraîné dans son appartement durant toute la période du confinement en faisant du shadow boxing (une simulation de combat avec une personne fictive), grâce au planning à distance organisé par son entraîneur : « On a un soutien via les réseaux sociaux, mais on n’a aucune aide financière de la part de la fédération. Je suis obligé de travailler à côté. J’étais au chômage partiel jusqu’à fin avril. Je suis en télétravail comme expert automobile. Les sponsors sont aussi en crise, et ils ne peuvent pas nous aider en ce moment. » 


Pour Waldeck Defaix, la situation financière est critique. Alors que sa femme vient d’accoucher, ses heures de livreur à domicile ont diminué durant le confinement. 
Auparavant, il travaillait vingt-cinq heures par semaine. Mais depuis le début du confinement, il ne travaille plus que dix heures. Un manque à gagner pour ce père de famille qui ne reçoit aucune aide financière de la part de sa fédération.  


Proposer un système différent sans compétitions : c’est ce que suggère Marie-Christine Cazier, vice-championne d’Europe du 200 mètres en 1986, qualifiée aux JO de Séoul de 1988, cheffe d’entreprise de la société 3S Forme et candidate à la présidence de la Fédération française d’athlétisme (FFA) : « Certains clubs amateurs ont du mal à se financer en temps normal et sont en précarité. Il faut repenser l’athlétisme, repartir sur les fondamentaux, proposer des prestations à des adhérents qui ne souhaitent peut-être pas faire de compétitions. Savoir être plus ludique. L’athlétisme est le premier sport olympique, mais la première condition, c’est la santé. » 
 

APPORTER DES SOLUTIONS FINANCIÈRES AVEC LE PACTE DE PERFORMANCE  
Des solutions financières sont apportées par la Fondation du pacte de performance (FPP), qui aide les sportifs de haut niveau dans leur carrière professionnelle en les mettant en contact avec des entreprises. Selon Charlotte Feraille, déléguée générale, les athlètes ont pu conserver leur bourse : « Pendant le confinement, à l’exception d’un ou deux athlètes dont les entreprises n’ont pas pu assurer le financement prévu en 2020 pour des raisons de faillite ou de redressement judiciaire, la plupart des sportifs ont vu leur financement maintenu. Les difficultés d’ordre psychologique ne sont pas venues s’ajouter aux difficultés financières. Le fait de voir les compétitions à l’arrêt n’a rien changé. »  

LA REPRISE D’ENTRAÎNEMENT APRÈS LA FIN DU CONFINEMENT

 La ministre des Sports, Roxana Maracineanu, a indiqué, le 31 mai, sur France Info, que  le sport reprendrait en France à partir du 11 mai, avec des règles de distanciation bien précises : « La pratique en club pourra se faire, avec des groupes de moins de dix personnes, en extérieur, sauf pour les sports collectifs et de contact. » 
L’athlète Thomas Jordier a repris progressivement l’entraînement de sa discipline de prédilection, le 400 mètres : « J’ai repris le 25 mai. La totalité du groupe n’est pas encore revenue puisque nous ne pouvons pas être plus de dix. Tout s’est bien passé, même si j’ai pris du poids. Je suis beaucoup plus rigoureux sur mon alimentation. » 
Après deux mois de confinement, l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep), situé dans le bois de Vincennes, a rouvert progressivement depuis le lundi 18 mai pour le plus grand bonheur des athlètes. Le centre d’entraînement, qui accueille en temps normal environ 800 personnes, a reçu, depuis, plusieurs dizaines d’athlètes de haut niveau qualifiés pour les JO de Tokyo dans le respect le plus strict des règles sanitaires (sens des flèches au sol, mesures de distanciation physique, utilisation de gel hydroalcoolique…).  

Enquête écrite proposée par Isabelle Gratien-Eboué durant sa formation de journaliste multimédia à l'Ecole des métiers de l'information (EMI) -diplômée journaliste multimédia (juillet 2020 )

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